Aujourd'hui c'est la Fête des Pères. Travail de résident oblige; je suis évidemment de garde lors d'une journée comme celle-là; pas n'importe laquelle, une garde en soins de longue durée. La dernière fois que j'étais entré dans cet hôpital avant ce mois-ci, ça vous avait donné tout un billet sur la vie et la mort que vous pouvez trouver dans mes archives étoffées; en novembre 2008 je pense bien... Toujours est-il que la donne a peu changé, j'ai toujours de la difficulté avec des malades grabataires et avec une qualité de vie réservée, mais soit, c'est un apprentissage à faire, la population ne fera que prendre de l'âge avec mes années de pratique, alors je dois m'y habituer, si on peut vraiment s'habituer à voir des gens confus ou paralysés ou les deux...
Beaucoup de visite en ce dimanche ensoleillé de juin. Les centres de soins de longue durée étant des milieux de vie, il y a plus de visite qu'à l'hopital. Moment touchant de la journée: une enfant, probablement autour de 9 ou 10 ans, qui pousse son grand-père (qui, précisons-le, a encore toutes ses facultés cognitives) en fauteuil roulant, les deux avec le sourire fendu aux lèvres, le père de la jeune fille suivant d'un pas heureux derrière. On se campe sur ça quand on passe le restant de la journée à annoncer le passage prochain d'un patient de l'autre côté de la vie et où on vient confirmer celui de deux autres.
Premier message de 2010 et le solstice d'été est dans 24 heures, c'est beau l'assiduïté... espérons que l'inspiration (et le temps, et la volonté) y seront plus souvent; j'aime ça écrire, comme dans le temps où je vivais mes toutes premières péripéties émerveillées et moins merveilleuses d'externe. Depuis mon dernier numéro, tant de passages ont été franchis, J'ai repris confiance en moi et en ma compétence de docteur, j'ai trouvé l'amour (LE fait marquant de ce 6 mois sans aucun doute), j'ai trouvé un emploi qui me convient à merveille, j'ai rempli et vaincu mes deux examens finaux, bref, j'ai passé toutes ces étapes dans un temps qui me paraît si court... la vie professionnelle approche à grands pas.
Cette semaine, entouré de mes confrères et consoeurs finissants, j'ai prononcé le serment professionnel des médecins, dont l'ancêtre a été écrit par Hippocrate il y a un petit bout de temps de cela. La -presque- dernière étape avant de commencer à être un docteur pour vrai; le dernier passage devant le doyen et le premier qui confirme que finalement, toutes ces études se terminent un beau jour.
En attendant la toute fin, le plus beau passage qu'il m'est donné de vivre c'est le passage au bonheur. Je vous le souhaite vraiment à tous.
Durant l'écriture de ce message, j'écoutais:
Ainsi parlait Zarathoustra, Richard Strauss
20.6.10
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